La bataille de Dommartin

Le 25 août 1325, la bataille de Dommartin, le long de la chaussée verte entre Dommartin et Jeneffe, est le dernier engagement sérieux de cette longue et sanglante guerre. DE JENEFFE Guillaume II, le châtelain de Waremme, mène les troupes Awans. Il est si corpulent et lourdement armé qu’il avait dû, pour trouver un cheval à sa taille, emprunter le « grand fort destrier » du sire de Dave. Son entourage s’inquiète de sa lourdeur. Il réplique : « Qu’importe s’il a fallu deux hommes pour me mettre en selle, il en faudra quatre au moins pour me désarçonner, s’il plait à Dieu et à Saint-Georges ».

Cette bataille oppose les Awans, avec 250 cavaliers conduits par DEJENEFFE Guillaume II, châtelain de Waremme, aux Waroux, avec 350 cavaliers conduits par DE HERMALLE Henri. Celui-ci, protégé par ses cousins, les chevaliers DE CHANTEMERLE Raes et DE CHANTEMERLE Eustache, se lance contre son ennemi, le châtelain de Waremme. Le cheval de DE HERMALLE Henri est tué d’un coup de lance. Jeté au sol, il est achevé par DE JEHAY Arnold, frère du châtelain de Waremme. Ses deux cousins poursuivent le combat et le vengent en tuant les frères du châtelain de Waremme, Arnold et Butor.

Le châtelain, voyant ses deux frères morts, entre dans des accès de rage. Il pousse son fidèle cheval, Moreau de Dave, au travers des rangs ennemis et tue quantité d’ennemis de sa main, renversés ou écrasés par Moreau.

Guillaume finit par mener les Awans à la victoire, mais victoire amère. « C’est à Dommartin que périt la fleur de la noblesse hesbignonne »: 14 chevaliers « Awans » périssent (dont les deux frères du Seigneur de Waremme) et 65 chevaliers « Waroux ». Les pertes dans les rangs de la piétaille (troupes à pied accompagnant leur seigneur respectif) ne sont pas comptabilisée.

Assassinat des Sires de Mouhin (Waremme)

Le 20 mai 1327, les sires DE MOMALLE Wathy II, dit « Le Bon Wafflar », seigneur de Momalle, et DE BERLOZ Gonthier-Conrard, voué de Sclessin, viennent la nuit, le plus secrètement possible à Mouhin, avec six des plus braves chevaliers de leur parti, pour dresser une embuscade et surprendre les trois Seigneurs de Mouhin qui habitent dans leur tour avec leur cousin DE WAREMME Raës. Ils ouvrent, avec précaution, une brèche dans un pan de muraille d’une bouverie attenante à la tour. Ils pénétrent dans la cour et s’y blottissent en attendant le jour. Les Sires de Mouhin avaient coutume de se lever de grand matin et de descendre dans leur basse-cour pour y faire travailler leurs ouvriers. Ils baissent donc leur pont-levis et entrent, sans méfiance, dans la cour. A ce moment, les chevaliers placés en embuscade poussent leur cri de guerre. DE MOMALE Wathy II, dit « Le Bon Wafflar », et DE BERLOZ Gonthier-Conrard se ruent sur les jeunes chevaliers pris au dépourvu, sans armes et sans défenses, tandis que leurs compagnons s’emparent du pont pour couper toute retraite aux chevaliers de Mouhin et à leur cousin. Ils sont impitoyablement massacrés.

Les vainqueurs vont se glorifier de cet acte de féroce perfidie.

Le bon châtelain de Waremme, qui était le cousin germains des sires de Mouhin, est aussi affligé de ce meurtre qu’il l’a été de la perte de ses deux frères, lors du combat de Dammartin, car ils étaient les plus braves de son lignage.

La guerre des Awans et des Waroux

Vers 1300, au sein des lignages nobles du moyen âge, régne un très vif esprit de solidarité. Le recours à la vengeance privée, à la « faida », héritage des Germains, est fréquent. Un conflit survient en 1290 entre deux familles nobles de Hesbaye, les Awans et les Waroux. Il dégénèrera en une guerre privée qui, pendant plus de quarante ans, déchirera la Principauté de Liège. Presque toute la noblesse du pays est entraînée dans cette querelle interminable, qui atteint même la bourgeoisie des villes. C’est seulement en 1335 que la Paix des Lignages mettra un terme à ce conflit sanglant.

L’origine de cette guerre : Les Awans et les Waroux sont deux très puissantes familles de Hesbaye. Les terres des deux Seigneurs sont voisines. Tous deux sont fiers et hautains. Ils ne peuvent donc rester longtemps en paix. Le prétexte du déclenchement de la guerre des Awans et des Waroux est le mariage secret de DE WAROUX Hanneceau, avec la jeune orpheline PORET Adèle du village d’Awans. Cette jeune fille est de condition servile (roturière), mais riche en meubles et en héritages. COLBEAU Humbert, Seigneur d’Awans, la destine à un de ses amis, aussi la réclame-t-il en vertu de ses droits féodaux à Guillaume le Jeune, chef du lignage des Waroux. Celui-ci répond qu’elle est franche (libre), donc qu’elle peut épouser qui il lui plait. Devant le refus du Seigneur de Waroux, les Awans tentent d’enlever la serve. Lorsque DE WAROUX Hanneceau et sa femme sont informés des intentions des Awans, ils se réfugient derrière les murailles du château des Waroux. Fous de rage, les Awans incendient les moulins et brasseries des Waroux et ravagent leurs terres.

Au début de la querelle des Awans et des Waroux, les Awans sont emmenés par LE FRANCHOMME Eustache, châtelain de Waremme.

La multitude d’épisodes sanglants qui émaillent cette guerre fait des milliers et des milliers de victimes (on parle de plus de 30.000 victimes), sans compter les pertes matérielles.

Le 16 mai 1335, est signée la Paix de Douze, ainsi nommée parce que les chefs des deux factions sont au nombre de douze, six pour les Awans et six pour les Waroux.

Portrait de Guillaume II de Jeneffe, seigneur de Waremme

Portrait de Guillaume II de Jeneffe.

Surnommé « le Bon et Beau châtelain de Waremme ». Il se rend célèbre par ses prouesses durant la fameuse querelle des Awans et des Waroux (1290 – 1335). Il est le chevalier le mieux fait, le plus brave, le plus fort et le plus puissant de corps qu’il y eut en son temps dans tout l’Evêché de Liège. Il sert les Seigneurs qui lui donnent de l’emploi, avec plus de zèle que pas un autre dans le métier des armes. C’est lui qui, après la mort du Seigneur d’Awans remplit la place et devient le capitaine général de tout son parti. (Il devient le chef incontesté du parti d’Awans et le restera jusqu’à son décès). Il acquiert la seigneurie de Jeneffe et celle de Clermont. Il épouse, à Liège, la sœur du Chevalier DE SURLET Gérard. Ils auront deux fils : Bauduin, Seigneur de Jeneffe et chatelain de Waremme, et Guillaume. Ils périront en 1328, tués tous deux au combat de Nierbonne près de Huy, dans le parti de ceux de Liège, contre l’Evêque Adolphe de la Marck.

La Guerre de la Vache (Ciney)

Vers 1275, 1278, début à Andenne « La Guerre de la Vache ». Une soixantaine de villages seront à feu et à sang. Il y aura de 15 à 20.000 victimes. Tout cela pour une vache volée !

Comment tout cela a-t-il commencé ?

Engoran, paysan de Jallet, vole une vache à un bourgeois de Ciney et tente de la vendre au marché d’Andenne, lors d’un tournoi de grands Seigneurs, en présence du bailly de Ciney, représentant le Prince-Evêque de Liège. Démasqué par les manants de Ciney, et contre promesse de la vie sauve, Engoran restitue le bien à son propriétaire. Mais à peine entrés sur le territoire de la Principauté, où il devait être jugé, les membres de son escorte le pendent.

Profitant de cette atteinte grave à ses droits de justice, le Seigneur de Goesnes, dont dépendait le voleur, déclenche les hostilités contre le bailly de Ciney, DE HALLOY Jean.

Durant plus de deux ans, au fil de renversements d’alliances, Comté de Namur et Principauté de Liège se livrent un conflit sanguinaire que l’on appel « Guerre de la Vache » et qui apporte ruine et désolations.

Elle ne cesse que sur l’intervention du Roi de France, PHILIPPE LE HARDI, qui fait tout simplement rentrer les choses dans l’ordre existant avant les hostilités.

Histoire réelle d’une vache volée ou légende autour d’un conflit d’autorité latent, mais bien réel, qui se consumait entre les deux puissances voisines, dans l’attente d’un prétexte de guerre. Le simple vol d’un animal devint donc le « casus belli », qui en valait bien un autre, pour ces seigneurs toujours prêts à en découdre …

Mariage « arrangé » pour le fils du châtelain de Waremme

Au 13ème siècle, les nobles ne peuvent pas toujours choisir leur épouse.

Le seigneur de Waremme, Bauduin DE JENEFFE et son fils aîné, Libert Butor, sont des « ministeriales » de Liège. Or, si le fils de Bauduin épousait une femme n’appartenant pas à la ministérialité liégeoise, son petit-fils suivrait la condition de sa mère à lui – en vertu du principe « fructus ventrum sequitur » – et la châtellenie de Waremme passerait dans une maison dans laquelle l’Evêque de Liègre et le chapitre Saint-Lambert n’aurait pas un pouvoir aussi direct que sur un de leurs « ministeriales ». Bien plus, l’Eglise de Liège verrait lui échapper une famille importante de sa « ministérialité ». Cette restriction à la liberté de mariage est simplement une mesure tendant à conserver l’intégrité du domaine.

Portrait de Guillaume 1er de Jeneffe, Seigneur de Jehaing et de Corswarem

Portrait de Guillaume 1er de Jeneffe, Seigneur de Jehaing et de Corswarem.

Il est connu par les multiples tractations relatives aux donations de sa famille à l’abbaye de Paix-Dieu. Dans une charte signée à Corswarem en 1238, il est qualifié de chevalier et de seigneur.

Sa part de l’héritage paternel comportait « terres et prés, cens et chapons que possédait son père sur le territoire de Corswarem et de Willines, l’avouerie de Goyer et de Willines, un cens de douze chapons à percevoir dans le domaine de Boëlhe et une partie des possessions paternelles à Fresin, le reste devant être partagé entre les deux frères. A l’exception de deux prés à Corswarem, d’un à Willine et de la maison où il demeure à Corswarem.

Le 2 avril 1239, en présence du Comte DE LOOZ Arnould, il accepte le projet de partage de la succession de son père, élaboré par son oncle maternel, DE JENEFFE Beauduin.

En octobre 1239, dans l’église de Momalle, il ratifie les dernières volontés de son frère Arnould. A cette occasion, sa mère et son oncle Bauduin lui enjoignent de ne mettre aucun obstacle à la fondation de la Paix-Dieu par son frère Arnould et de fournir des garants à sa mère, procuratrice du nouveau couvent. En échange de ses promesses, sa mère lui cède une partie des biens reçus de son fils Arnould : deux prés et la maison où il demeure à Corswarem, un pré à Willine, environ 27 bonniers de terre arable à Rosoux et à Fresin, un cens de 60 sous et soixante chapons, avec la juridiction dans le domaine de Niel.

Guillaume possédait ainsi tout le domaine paternel à Corswarem et à Willines, presque tous les biens paternels à Fresin, des bonniers à Rosoux, un cens de 12 sous et 12 chapons à Boëlhe, un cens de 60 sous et 60 chapons à Niel, les avoueries de Goyer et de Willine, et la juridiction à Niel.

Le 12 avril 1241, il vend l’avouerie de Goyer au chapitre Saint-Jean.

Le 28 février 1254, il vend à l’abbaye du Val-Notre-Dame un fief de deux bonniers de terre arable situé à Corswarem.

Guillaume ne parait pas respecter les biens des couvents. C’est dans les mœurs du temps. Maintes fois, il est rappelé à l’ordre. Le 9 août 1245, Innocent IV prend sous sa protection les biens de l’Abbaye du Val-Notre-Dame, dont certains à Corswarem ; le 22 juin 1246, les possessions de la Paix-Dieu à Niel et dans les environs. Le 5 octobre 1245, le doyen de Saint-Paul à Liège, Otton, avait déjà enjoint au curé desservant de Waleffe-le-Château, de mettre Guillaumeen demeure d’assurer à la Paix-Dieu la jouissance paisible des biens à Niel.

Par le chartrier de la Paix-Dieu, on connaît ses enfants :

  • Robert
  • Bauduin
  • Arnould
  • Liber
  • Aleide
  • Catherine (toutes deux moniales à la Paix-Dieu)
  • Guillaume, chanoine de Saint-Pierre à Liège
  • Marguerite, fille naturelle

La date de son décès est inconnue, mais elle est située avant le 23 novembre 1258.

La « Table des Pauvres » ou « Table du Saint-Esprit »

Vers 1200, elle est la principale institution de secours et le restera jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Son apparition date, au plus tard, du début du 13ème siècle. Elle naît de l’obligation pour chaque communauté de subvenir à l’entretien de ses propres pauvres. L’organisme existe donc, en principe, dans chaque paroisse, indépendamment d’autres fondations charitables. Il n’échappe pas totalement au contrôle de l’Eglise. L’hégémonie de l’administration civile s’explique, dès la naissance, par le développement des villes et la formation d’un esprit communal. Elle découle aussi des nécessités pratiques. Chargé de réglementer la mendicité, le magistrat local est amené à se préoccuper du même coup des conditions d’octroi des secours. Les revenus des « tables » trouvent leur origine dans le patrimoine foncier, fruit de dons et de legs, dans les aumônes et le produit des quêtes. Ils sont administrés par des proviseurs ou maîtres des pauvres. Les titulaires sont en principe désignés, en ville, par le magistrat, par les échevins et la communauté à la campagne. Mais là, Seigneur et curé peuvent jouer un rôle prépondérant. Les secours sont distribués en argent ou en nature.

A la fin de leur vie, certaines personnes aisées ou grands propriétaires fonciers de la paroisse éprouvent le besoin de laisser une partie de leur patrimoine à l’Eglise, en vue du salut de leur âme. A cet effet, elles affectent les revenus d’une partie de leur succession immobilière aux personnes pauvres de la paroisse. Ces rentes sont désignées sous le vocable « Mense du Saint-Esprit ».

Ce patrimoine de terres et de legs a été constitué au fil des siècles par de généreux donateurs au profit des indigents de la paroisse. Le curé en cède le plus souvent la gestion à des mambours ou tenants des pauvres.

Comment vit-on à Waremme et dans les villages avoisinants au Moyen-âge ?

Vers 1100, les paysans (vilains, manants, roturiers), qui cultivent les terres du seigneur ou du Chapitre, résidant en ville, ne sont que demi-libres. Outre le loyer ou cens (d’où viendra plus tard le mot « censier ») et la dîme, ils payent la taille (impôt sur les revenus qu’ils vont plus tard continuer à payer au mayeur). En plus, ils payent des taxes, entre autres : sur le sel (impôt appelé gabelle dans certaines régions), qui restera jusqu’au début du XXe siècle l’élément indispensable pour conserver les viandes, de porc, notamment ; sur la mouture du blé : les paysans sont obligés d’aller faire moudre leurs grains dans un moulin à eau appartenant au seigneur ou au chapitre, les moulins à vent sont encore peu connus. (l’idée du moulin à vent sera rapportée d’Orient par les Croisés). Enfin, les paysans doivent au seigneur des corvées pour l’entretien du château, de ses dépendances et du village : murs, haies, bois, routes, fossés, « flots », … Les masuriers sont encore plus mal lotis.

Paysans et masuriers vivent misérablement. Les moyens de transport n’existent pas. La plupart des petites gens naissent et meurent sans avoir vu d’autre horizon que celui de leur village ou du village voisin.

Les routes sont en terre battue et se transforment en bourbier à la moindre averse. Elles suivent les pentes du terrain et aux endroits bas du village s’accumulent dans des mares appelées « flots ». Ces mares, couvertes d’une pellicule verdâtre, sont génératrices de miasmes de toutes sortes, lesquels alimentés par le manque d’hygiène élémentaire engendrent de fréquentes épidémies qui déciment la population. A côté des maladies de l’enfance qui entraînent la mort d’un grand nombre d’enfants, il y a le choléra (miserere), le typhus (dû aux poux), la fièvre typhoïde provoquée par les conditions d’hygiène désastreuses, le charbon (maladie particulière aux régions d’élevage), … La lèpre et la peste, ainsi que la famine, semblent être des cas isolé en Hesbaye. Cet état de chose va se prolonger jusqu’au début du XXe siècle à peu près, jusqu’à l’apparition de la médecine moderne.

Paysans et masuriers habitent des maisons en terre dans lesquelles on descend par quelques marches. La plupart ne comportent que deux pièces : l’une servant de cuisine, l’autre de chambre.

Il n’y a pas de meuble, sinon un coffre qui sert de garde-robe et de table. Les habitants dorment par terre, sur des paillasses, grands-parents, parents et enfants, dans une promiscuité génératrice de maladies et de turpitudes. Il n’y a pas de chaises, mais des escabeaux. Il n’y a pas de poêle de chauffage : ceux qui ont les moyens disposent d’une cheminée à feu ouvert ; les autres cuisent sur un four fait de quatre pierres assemblées. Dans les masures, l’éclairage est nul, en dehors de la chandelle de suif qu’on n’allume qu’en cas de nécessité urgente.

On mange du pain noir, qu’on va faire cuire au four banal (en payant bien sûr). Il s’agit du pain de seigle et d’épeautre. L’épeautre est la céréale la plus cultivée parce qu’elle se contente d’une terre maigre et peu travaillée (le froment qui est la céréale des terres riches, bien engraissées et bien ameublies, n’apparaît semble-t-il qu’au XVIIIe siècle). Les plus pauvres, sur leur lopin de terre, préfèrent le seigle parce que sa paille servait à plusieurs usages : toit de la cabane, paillasse, liens, …

Le pain non bluté est frotté d’un peu de saindoux ou de graisse de lard (récoltée en faisant fondre un morceau de lard dans la cheminée) ou de maquée.

Comme repas chaud, la soupe à base de légumes et de lard (la pomme de terre était inconnue à cette époque).

On boit de l’eau, du petit-lait (le bon lait étant réservé aux malades) et de la cervoise (espèce de mauvaise bière). L’abus de cervoise était générateur de bagarres fréquentes.

Les gens du peuple portent des vêtements de bure. La plupart sont chaussés de sandales en écorce et parfois de sabots.

La médecine et la pharmacie sont inexistantes. Certaines personnes qui ont hérité du secret des plantes, prescrivent des tisanes additionnées de miel et parfois de sucre. Le sucre, importé d’Orient après les Croisades, est un produit rare, utilisé uniquement en pharmacie.

La pratique religieuse est obligatoire, et sans doute nécessaire pour soutenir l’homme à travers ses misères. Les nantis lui serinent à longueur de journée que plus il est malheureux ici-bas, plus il sera heureux dans l’au-delà.

La vie des « petites gens » n’a aucune valeur pour leur maître, sinon au travers du travail qu’elles peuvent accomplir pour lui assurer son bien-être. Ainsi, en temps de guerre, seuls les nobles sont soignés. Les soldats blessés sont laissés livrés à eux-mêmes ; parfois ils sont envoyés mourir derrière une haie où un préposé à cette sinistre besogne les acheve. Mais dès que l’homme est mort, il redevient la propriété de Dieu et devient sacré.

La justice est aux mains du seigneur. Jusqu’au début du 14ème siècle, il a droit de vie et de mort sur tous ses sujets. C’est l’époque des « duels judiciaires » et des « jugements de Dieu ». En cas de délit grave, les plaignants doivent parfois se battre à mort ; le vainqueur est désigné comme l’innocent. Ou, pour faire preuve de son innocence, l’accusé doit prendre en main une barre de fer rougie au feu ou mettre en bouche une cuiller d’huile bouillante. Mais sous l’influence des Métiers de Liège et aussi de l’Eglise, qui s’emploie à réfréner les ardeurs belliqueuses et criminelles des seigneurs, des cours de justice locales vont se constituer.

Cette justice, bien que plus modérée en raison de la présence d’échevins-jurés, est encore barbare dans son déroulement et ses sanctions. On y applique encore la « question » (torture) et la loi du Talion, qui consiste à punir le coupable par l’injure qu’il a faite : si au cours d’une rixe, il a crevé un œil à son adversaire, on lui crève également un œil. La peine de prison (oubliettes) n’existe plus. Pour les petits délits on applique le fouet ou la bastonnade ; pour les délits les plus graves la mort par la corde, le feu ou d’autres procédés plus « raffinés ». Chaque condamné doit, en plus, payer une amende en rapport avec son forfait et faire un pèlerinage d’amendement, parfois très loin (Rocamadour en France, Saint-Jacques de Compostelle en Espagne, Rome en Italie, ou en Terre Sainte). Celui qui ne s’y soumet pas est rejeté, non seulement de l’Eglise, mais aussi de la communauté : il est alors déclaré « aubain », c’est-à-dire banni.

L’instruction n’existe pas. En dehors de gens d’Eglise, la plupart sont illettrés.

Les loisirs sont inconnus : hommes, femmes et enfants travaillent comme des bêtes de l’aube au crépuscule, passant leurs dimanches aux offices et à se reposer.

Mais parfois, les sujets du seigneur sont autorisés à assister aux tournois ou à l’une ou l’autre représentation que viennent donner des baladins (chanteurs, comédiens, saltimbanques, montreurs d’ours, …) qui vont de château en château pour distraire les châtelaines en train d’attendre le seigneur, la plupart du temps absent.

Généalogie du premier châtelain de Waremme connu

Le chevalier LEXHY DE WAROUX DE JENEFFE Libert, né en 1163, est châtelain de Waremme en 1219.

Mais comment celui-ci est-il devenu châtelain de Waremme ? La châtellenie faisait-elle déjà partie du patrimoine provenant de son père, de sa mère ou l’a-t-il acquise ? Le chroniqueur DE HEMRICOURT Jacques donne quelques informations sur le chevalier LEXHY DE WAROUX Libert dans son « Miroir des Nobles de Hesbaie ».

Ses parents sont DE WAROUX Breton « Le Vieux » (dit BURTON DE LEXHY), né en 1138 et décédé en 1210, qui a épousé DE TRAZAGNIES Marie. Le chroniqueur DE HEMRICOURT Jacques donne quelques informations sur DE WAROUX Breton « Le Vieux » dans son « Miroir des Nobles de Hesbaie ». Breton de Dammartin, d’Awir, de Lexhy, dit « Le Vieux de Waroux », chevalier, sire et voué d’Awans, Seigneur de Waroux, de Geneffe, de Limont. Breton « Le Vieux », Seigneur de Waroux, second fils d’Hugues II d’Awir surnommé « de Lexhy », fut extrêmement riche et fort puissant en crédit. Il était seigneur de Waroux et voué d’Awans. Puisque le château et la vouerie d’Awans lui appartenaient, lui et ses successeurs prirent le nom de Seigneur d’Awans. Il fut aussi seigneur de Geneffe et de plusieurs autres villages. C’est de lui que sont issus les membres des familles d’Awans et de Waroux. Il épousa Marie de Trazegnies. Ils eurent sept garçons et deux filles. Leur fils aîné est Libert Lexhy de Waroux de Jeneffe.

Les parents de Breton le Vieux de Waroux sont Hugues II d’Awir de Lexhy (dit Hugues de Lexhy), né en 1114, qui a épousé Marie d’Agimont. Le chroniqueur Jacques de Hemricourt donne quelques informations sur Hugues II d’Awir « de Lexhy » dans son « Miroir des Nobles de Hesbaie ». Ayant pris l’ordre de chevalerie, Hugues II d’Awir « de Lexhy » se vit assigner pour héritage Lexhy, Limont, Geneffe, Waroux, la vouerie d’Awans et plusieurs autres biens d’une autre nature. Comme son frère, il prit possession des biens qui constitueraient son héritage et put en jouir pour entretenir son train de vie, dans l’attente du reste du patrimoine qu’il recevrait après la mort de son grand-père, Libert-Suréal de Warfusée, et de son père Raës « à la Barbe » de Dammartin. Il épousa Marie d’Agimont. Ils eurent quatre fils : Otto de Lexhy (branche de Lexhy), Breton « Le Vieux » de Waroux (branche de Waroux), Henri de Crisgnée (branche de Crisgnée) et Badout de Voroux.

Les parents d’Hugues II d’Awir de Lexhy sont le Comte Raes « à la Barbe » de Dammartin, un exilé français, né en 1090, qui s’est d’abord établi à Huy. En 1115, il y a épousé Alix de Warfusée, née en 1091, riche héritière des seigneuries de Hesbaye : Warfusée, Limont, Hollegnoul (aujourd’hui Hognoul), Villers-l’Evêque, Fouz (aujourd’hui Fooz), Bollezée (aujourd’hui Bolsée-lez-Ans), Geneffe (aujourd’hui Jeneffe), ainsi que les voueries d’Awans et de Waroux. La branche « paternelle » vient donc de France. Par contre, la branche « maternelle » est une bonne piste. Le chroniqueur Jacques de Hemricourt raconte l’histoire de Raës « à la Barbe » de Dammartin et et d’Alix de Warfusée dans son « Miroir des Nobles de Hesbaie ». Messire Raës à la Barbe, pour une raison inconnue, encourut la disgrâce du Roi de France Philippe. Obligé de quitter le toyaume, il sortit avec beaucoup d’argent, de pierreries et un grand équipage. Il vint s’installer près de Huy, avec sa suite et un train magnifique. Il y avait quantité de chasseurs, d’oiseaux et de fauconniers. La chasse et la pêche étaient ses divertissements favoris. Un jour qu’il chassait sur les terres de Warfusée, il entendit, à l’approche de midi, la clochette qui avertit de l’élévation. Il poussa aussitôt son cheval vers la chapelle du château, pour aller y entendre le reste de la messe. Il mit pied à terre et entra dans la chapelle. L’aumonier du seigneur de Warfusée officiait devant l’autel. Le seigneur des lieux était agenouillé sur un prie-dieu. Ayant entendu du bruit, le seigneur de Warfusée se retourna et aperçut ce chevalier inconnu. L’office terminé, il l’aborda et le pria de lui faire l’honneur de dîner avec lui, ce que Messire Raës accepta volontiers. Le seigneur de Warfusée le prit alors par la main, lui faisanr grand accueil. Il s’informa de son nom et de l’aventure qui l’avait conduit en ce lieu. Tout en devisant, il l’emmena dans la salle de son château et commanda que l’on mit le couvert. Il fit appeler sa fille adorée, Alix, pour entretenir cet illustre étranger et lui rendre les civilités qu’on doit en pareille rencontre. La demoiselle parut dans la salle et fit au chevalier uen révérence de la meilleure grâce du monde. Elle lui témoigna ensuite l’accueil le plus obligeant et s’approcha de lui d’un air honnête, sage et modeste, selon la bonne éducation que son père lui avait fait donner. Le bon seigneur de Warfusée les fit asseoir l’un à côté de l’autre. Messire Raës et sa suite furent si bien reçus qu’il en fut tout étonné. Après qu’ils eurent dîné et qu’ils se furent divertis de tout ce qui pouvait donner plaisir et joie, Messire Raës remercia le seigneur de Warfusée et sa charmante fille pour le bon accueil qu’ils lui avaient réservé. Il prit congé d’eux fort civilement. Le bon seigneur de Warfusée le pria avec insistance de revenir le voir aussi souvent que son chemin l’amènerait près du château, car il aimait la bonne compagnie et prenait grand plaisir à recevoir la visite de personnes de rang et de mérite. Le chevalier promit d’autant plus volontiers qu’il était tombé sous le charme de la fille du seigneur de Warfusée. Il ne manqua pas de s’acquitter de sa promesse et ne rata aucune occasion de venir visiter la jeune fille. Raës à la Barbe de Dammartin épousa la demoiselle Alix de Warfusée et fit construire une tour et un édifice de plusieurs logements, à proximité du domaine de Warfusée. La première année du mariage, ils eurent un fils qu’ils nommèrent comme son grand-père : Libert-Suréal. Deux ans plus tard, environ, ils eurent un autre fils qu’ils nommèrent comme son bisaïeul maternel : Hugues d’Awir, qui sera surnommé « de Lexhy ».

Ailide ou Alix de Warfusée est la fille unique de Libert-Suréal de Warfusée, né en 1053 et d’Agnès d’Awir. Le chroniqueur Jacques de Hemricourt raconte l’histoire de Libert-Suréal de Warfusée et d’Agnès d’Awir dans son « Miroir des Nobles de Hesbaie ». Il y avait aussi alors à Awir, près de Warfusée, un seigneur, nommé Hugues, marié à la sœur du comte de Hozémont, qui avait une fille nommée Agnès. Libert-Suréal la rechercha en mariage et l’obtint. Ils réunirent ensemble de très grands héritages. Ils s’aimèrent loyalement et furent tellement fortunés qu’ils acquirent encore pendant leur mariage les villages et seigneuries de Geneffe, de Limont, de Lexhy, d’Awans, de Waroux, de Loncin et plusieurs autres : en sorte qu’ils se virent possesseurs d’une bonne partie de la Hesbaye liégeoise. L’unique fruit de leur union fut une fille, nommée Alix. Quelques années après la naissance d’Alix, Agnès trépassa. Le bon seigneur de Warfusée en ressentit une sigrande tristesse qu’il en pensa mourir. Quand la violence de sa douleur fut un peu calmée par les instances de ses amis et par les caresses de sa fille, qu’il aimait outre mesure, et qui doucement le consolait, il jura qu’il ne porterait plus les armes ; qu’il se consacrerait désormais à Dieu, et qu’il prierait tout le reste de sa vie pour le repos de celle qu’il avait perdue. Il se fit prêtre et il célébrait souvent lui-même la messe dans son château fort de Warfusée, ou dans ses autres châteaux quand il s’y trouvait. Toutefois ce changement d’état ne lui fit rien diminuer du train de sa maison. C’était le rendez-vous de tous les chevaliers des environs, parce qu’on le reconnaissait pour chef de sa race. Il tenait une grande quantité de chiens et d’oiseaux. On s’étonnait de voir tout ce qu’il dépensait pour Dieu et distribuait en aumônes. Il faisait élever sa fille conformément à sa condition : de sages maîtresses lui enseignaient tout ce qu’une noble demoiselle doit savoir : à travailler en or et en soie, à dire ses heures, à lire de beaux romans de chevalerie, à s’amuser à toutes sortes de divertissements honnêtes, comme à jouer aux échecs et aux dames, … tellement qu’il eut été difficile de rencontrer ailleurs sa pareille. Et avec cela, elle était belle et avait bonne grâce à tout ce qu’elle faisait. Tant de qualités et de vertus la rendaient de plus en plus chère au bon seigneur de Warfusée. C’était sa consolation et toute sa joie.